Québec : CKIA respire mais n'est pas tirée d'affaire

Les progressistes de Québec ont eu chaud. En décembre dernier, la radio communautaire CKIA est passée à deux doigts de fermer faute de fonds. Un mois plus tard, grâce à la mobilisation, la station respire mais n’est pas encore tirée d’affaire.

Branle-bas de combat

Début décembre, les membres apprennent en assemblée générale que la station est en crise. L'ensemble des employé‑e‑s, sauf le technicien, a été mis à pied et les coffres sont à sec. Malgré le choc, un comité de survie est organisé sur-le-champ et les gens s’échangent leurs coordonnées sur le trottoir après l’assemblée. Le lendemain, la crise de la station fait la manchette au téléjournal de Radio-Canada. Quelques jours plus tard, le Collectif anarchiste La Nuit (UCL‑Québec), qui diffuse Voix de faits depuis trois ans sur les ondes de CKIA, lance le premier appel à la solidarité avec la station. Peu de temps après, Le Soleil s’en mêle, ainsi que d’autres médias locaux. Branle-bas de combat dans la gauche et rappel des troupes, c’est la mobilisation générale.

Dans un premier temps, la permanence est assurée par une retraitée, ancienne employée de la station. Toutefois, pour différentes raisons, ça ne peut durer. Le comité de survie doit donc prendre le relais. La campagne de membership, dopée par la crise, permet d’inscrire 500 membres en quelques semaines. Une série de spectacles bénéfices sont planifiés, les initiatives se multiplient. Pendant un mois, c’est l’autogestion forcée, à grand renfort de jus de bras militant. La coordination se fait toutes les semaines, dans des réunions parfois houleuses, où les membres du conseil d'administration et du comité de survie échangent leurs points de vue et s’informent mutuellement de l’état de leurs travaux.

Pas de retour à la normale

Si des tensions existent concernant les rôles de chacun et chacune – il apparaît clair, par exemple, que le c.a. veut reprendre le contrôle de la situation – tout le monde s’entend pour dire qu’il ne pourra y avoir de retour à la normale de sitôt à CKIA. Tout d’abord, si la station est encore ouverte, c’est parce que des bénévoles – membres du c.a. et membres du comité de survie – la portent à bout de bras. Ce n’est pas demain la veille que la station sera assez riche pour remplacer le travail militant par du travail salarié. Ensuite, la survie de la station passe par son développement et ça, ça implique non seulement une levée de fonds mais aussi une révision en profondeur de la grille et de l’identité de la station (les gourous de marketing parleraient de « positionnement »).

Comme il l’a déjà expliqué dans son appel, le Collectif anarchiste La Nuit pense qu’on ne peut pas se passer de la voix de CKIA dans le contexte politique actuel. C’est la seule voix authentiquement de gauche, libertaire et féministe dans un paysage radiophonique largement dominé, à Québec, par la droite. On en a besoin. Maintenant, la direction de la station doit reconnaître qu’elle aussi a besoin de cette gauche libertaire et féministe pour renouveler ses pratiques et (ré)impliquer un maximum de gens dans la vie de la station. Bref, passer de l’autogestion forcée à l’autogestion assumée...