La marchandisation de l'éducation et Rio Tinto-Alcan

Depuis le virage néolibéral des années 1980, l'arrimage entre les entreprises et les universités se fait de plus en plus flagrant. Quand ce n'est pas le nombre d'administrateurs extérieurs (« la communauté des affaires ») sur les conseils d'administration des universités, ce sont les dons faramineux des grandes entreprises de la région qui « collaborent » avec l'establishment universitaire.

En août 2011, le Mouvement Desjardins donne 1,5 million à la fondation de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Pour la remercier, l'administration change le nom du pavillon des Humanités et le renomme pavillon Alphonse-Desjardins, en « l'honneur » du fondateur des caisses populaires. L'ingérence du privé dans nos institutions scolaires est à proscrire puisqu'elle permet aux corporations d'imposer des orientations en matière de recherche et d'enseignement dans nos universités publiques. 
 
Par exemple, les contrats de recherche donnés par RTA à l'UQAC servent surtout les intérêts de la multinationale et lui permet de décider des orientations de la recherche réalisée dans une institution publique. L’université se retrouve ainsi à faire la recherche et le développement pour des entreprises privées qui en empocheront gracieusement les profits. Étienne Jacques, chef des opérations de Rio Tinto-Alcan-Métal primaire pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, l'a dit lui-même l'an dernier: « Je suis heureux de reconfirmer l'engagement de Rio Tinto-Alcan à l'égard d'une stratégie intégrée de recherche et développement avec le CURAL (Centre universitaire de recherche sur l'aluminium). Ce laboratoire et les équipements qui s'y trouvent sont importants et accroissent considérablement les synergies entre l'UQAC et Rio Tinto Alcan sur le plan de la recherche, conformément aux besoins stratégiques de notre entreprise ». 
 
Or, ces partenariats nuisent à l'indépendance des universités parce qu'ils remettent en cause l'impartialité de la recherche. RTA ne fait pas de cadeaux : le financement est associé de conditions et de critères. De plus, les sommes investies dans le CURAL, le pavillon autochtone et la fondation de l'UQAC placent RTA en position d'exercer son influence sur la liberté d'opinion à l'UQAC, comme en témoigne son intervention pour empêcher ses lock-outé-e-s de venir s'exprimer dans l’enceinte de l'UQAC. Des représentants de RTA ont exercé des pressions sur l'administration de l'UQAC afin que celle-ci interdise aux lock-outé-e-s de venir distribuer des tracts et faire signer des pétitions. RTA a menacé de revoir à la baisse, voir même de retirer, sa participation à la fondation de l'UQAC lors de la prochaine campagne de financement. Si ce n'avait été de l'association étudiante de l'UQAC, l'administration aurait interdit les activités des lock-outé-e-s, dans un geste de censure dicté par des intérêts privés. 
 
En plus de menacer l'UQAC, RTA s'ingère dans les affaires de l'université, démontrant que l'arrimage des institutions d'enseignement aux besoins des grandes corporations nuit à l’autonomie de nos universités.